ORIGINES DU KIT INDIVIDUEL DE PREMIERS SECOURS / IFAK

Le kit individuel de premiers secours (aussi appelé kit de soins d’urgence, individual first aid kit (IFAK) en anglais ou trousse individuelle du combattant (TIC) pour les soldats français)  n’est pas un concept aussi moderne que l’on croit.

Il semble presque acquis par la communauté scientifique que ces hommes préhistoriques avaient déjà identifié le risque rapidement fatal, parmi d’autres,  d’une hémorragie et développé leurs propres stratégies afin d’y remédier. Plus près de nous, des témoignages écrits ou des restes d’artefacts montrent que les soldats des légions romaines savaient stopper une hémorragie avec des morceaux de tissus préparés à l’avance, en forme de tampons et de bandages et/ou à l’aide d’un lien en cuir utilisé comme garrot.

Néanmoins, la systématisation et la rationalisation du kit individuel de premiers secours semblent relativement récentes. En effet les progrès de la médecine alliés à la nécessité d’améliorer au maximum la capacité d’un individu à rapidement porter secours à ses semblables (ou à soi-même) ainsi que l’évolution des procédures et matériels ont contribué à la vulgarisation du kit individuel de premiers secours.

AVANT-PROPOS : IFAK ET FORMATION AUX PREMIERS SECOURS

J’attire votre entière attention sur les deux outils indispensables à vos kits individuels : vos CERVEAUX et vos FORMATIONS ! Je devine que cela vous semble parfaitement évident, mais il faut le répéter souvent.

Que vous consultiez ce blog semble montrer que vos cerveaux fonctionnent assez bien, alors passons vite sur cet outil commun à tous. Ceci dit, je rappelle rapidement et succinctement, qu’en plus de ses fonctions innombrables et fondamentales, le cerveau est le lieu de stockage des connaissances et le siège de la capacité à analyser une situation et de l’aptitude à faire le(s) bon(s) choix aux bon(s) moment(s). Ce qui lui donne une place obligatoire et hautement prioritaire dans vos kits.

Seule formation de base prévue officiellement en France et accessible au grand public, le module Prévention et Secours Civiques de niveau 1 (PSC1)  ne vous permettra d’apprendre à utiliser qu’un nombre restreint de matériels très minimalistes (en dehors du défibrillateur). La formation Sauvetage et Secourisme du Travail (SST), réservée au monde du travail, diffère peu du PSC1 en dehors de quelques apports spécifiques aux différents publics professionnels visés. Mais rien d’extraordinaire. Au cours d’une formation PSC1 ou SST, vous apprendrez, entre autres techniques, à effectuer un tampon relais et un garrot avec des moyens de fortune pour stopper une hémorragie. Au mieux, essentiellement au cours d’une formation SST, apprendrez-vous à utiliser un ou deux modèles de pansement hémostatique.

Cependant, ni l’apprentissage du pansement compressif (de fabrication industrielle) ni celui du garrot tourniquet (TQ) ne vous serons (ou ne vous ont été) proposés pour la simple et bonne (« navrante », devrais-je écrire) raison qu’ils ne sont pas au programme. Convaincu de leur intérêt indéniable, je suis de ces rares formateurs qui prennent le temps de présenter à mes stagiaires ces différents matériels. Comme le but de cet article n’étant pas de nous limiter à causer tissus et chiffons, je vous invite donc à sortir du schéma classique.

Oui mais alors… pour quelle(s) formation(s) opter ? D’abord, il me faut vous dire qu’un PSC1 suffit dans la majorité des cas pour la majorité des gens. Ceci dit, je pressens que vous ne faites pas vraiment partie de cette majorité…

L’ IFAK, POUR QUI, POURQUOI ?

Certaines catégories de personnes sont exposées, par obligations professionnelles et/ou choix personnels, à des conditions d’activité exigeant un complément de formation dans le domaine du secourisme. De plus, l’actualité rappelle régulièrement, et à chaque fois dans la douleur, les limites des capacités opérationnelles des services publics. Tout au moins, en cas de situation exceptionnelle (attentat, tuerie de masse, attaques au couteau, catastrophe naturelle, etc…), dans le délai de leur réponse qui suit immédiatement un événement grave soudain.

Tout citoyen lucide et résilient, tout survivaliste devrait d’abord savoir compter sur lui-même en attendant l’arrivée des secours. Certaines personnes veulent aussi, tout simplement et quelques soient leurs motivations, consolider leurs compétences et en acquérir de nouvelles. Depuis la vague d’attentats qui a frappé notre territoire ces dernières années, nombre de citoyens s’orientent vers des formations issues ou inspirées des procédures de secourisme de guerre, de secourisme tactique, du « sauvetage au combat » (terme propre à l’Armée française) etc., peu importe les dénominations.

En conclusion de ces précisions, j’espère vous faire (re)prendre conscience, si ce n’était pas déjà fait avant, du rôle important de vos cerveaux et des formations auxquelles vous participez. Sans ces outils essentiels, les matériels de vos kits n’auront que peu de pertinence et ne présenteront qu’un intérêt limité, hormis aux yeux des seuls matérialistes, acheteurs compulsifs et autres mythomanes. Au mieux, serviront-ils à un tiers capable de s’en servir au profit (ou au dépend) de leur détenteur…

CONSTITUER SON KIT DE PREMIERS SECOURS IFAK

Il en va des kits comme des personnes : en effet, un IFAK devrait être adapté à son utilisateur premier selon sa formation, son expérience, ses activités, son approche du secourisme, ses goûts, ses moyens, etc… Les déclinaisons peuvent être nombreuses, les contenus variés, leur organisation adaptée aux activités de l’utilisateur. On trouve de nombreux IFAK déjà constitués dans le commerce.

Entre le petit kit très minimaliste vendu en grande surface orienté « bobologie » et celui proposé par le revendeur d’équipements tactiques, le choix est varié. De mon point de vue, le meilleur kit est celui que vous confectionnez vous-même. D’abord, parce que la satisfaction de concevoir, améliorer et faire évoluer son propre kit me parait primordiale (choix personnel des outils et estime de soi) et, ensuite, parce qu’un bon kit devrait être le plus en adéquation avec vos niveaux de formation et vos besoins.

 

kit de premiers secours civil

« Kit civil » : Le kit d’un citoyen prévoyant, quotidiennement sur la route (moniteur conduite de poids lourds).

« Kit police » : Le kit d’un policier municipal : doublement des matériels en port au ceinturon et dans le GPB (ici, configuration d’initiative personnelle)

 

Globalement, les outils de base d’un kit de premiers secours seront assez standards. Premier élément indispensable, une pochette. Ensuite, selon le principe du « damage control » qui impose de traiter en premier ce qui tue en premier (les hémorragies), il vous faut évidemment, à minima, un garrot tourniquet (TQ) et/ou un pansement compressif. Les deux étant un plus. Des gants à usage unique sont obligatoires dans vos kits et des ciseaux type Jesco® devraient y être intégrés. Voilà pour le strict minimum. Afin d’élargir vos possibilités, il vous faudrait rajouter quelques petits éléments supplémentaires que nous verrons par la suite.

LA POCHETTE IFAK

En premier lieu, il vous faudra un contenant permettant de ranger vos outils.

Une pochette IFAK sérieuse est fabriquée en Cordura® de bonne qualité, intègre des logements et passants permettant d’organiser votre kit et sa contenance permet de loger de nombreux items ; une solide fermeture éclair permet de l’ouvrir entièrement, ce qui facilite l’accès aux outils. Vos IFAK devraient pouvoir tenir dans votre sacoche ou sac à dos du quotidien, votre sac à main… En la matière, il n’y a pas de dogme. Il vous appartient de trouver la pochette la plus adaptée à vos besoins (et budgets), vos choix devant être motivés par un bon compromis entre volume, ergonomie, solidité et tarif.

Pochette IFAK vide

 

Pochette IFAK et son contenu (kit basique)

 

Un conseil, concernant vos pochettes : si elles ne sont pas d’une couleur ou ne présentent pas un estampillage de série (le petit patch « croix rouge ») permettant de les identifier rapidement comme kits de premiers secours, prenez la peine d’y remédier. Pour illustrer mon propos, imaginons la situation suivante : vous êtes en train d’effectuer une compression manuelle directe sur une blessure hémorragique et n’avez pas accès direct à votre kit. Heureusement, un tiers est présent, appelons-le Bob : « Hey ! Bob ! Vas me chercher mon kit de premiers secours dans mon sac. Tu verras, il est marqué par une croix rouge ! »… CQFD.

Vous avez l’embarras du choix pour votre pochette IFAK, et vous pouvez faire votre choix parmi les modèles suivants :

Condor IFAK pouchWarrior Assault Systems IFAK pouchCondor rip-away EMT lite pouchFirst Response Medical pouchTT IFAK pouch

CONTENU D’UN IFAK BASIQUE

 

Le contenu du kit basique tel qu’il vous est présenté

 

  1. Gants à usage unique (x2) : pour se protéger les mains de tout risque d’infection. De préférence en nitrile, pour le bon compromis souplesse/résistance de la matière, et plutôt de couleur bleue (ou blanche) afin d’y déceler rapidement tout fluide corporel humain, principalement le sang (les gants noirs font très « tacticool », seulement voilà…) ; au moins 1 paire de rechange en cas de rupture d’un gant de la première paire enfilée, pour en changer quand ils sont trop souillés, pour un 2e secouriste, etc… Voire plus, car en ambiance hémorragie et nombreuses victimes (ça reste rare en contexte civil !) on change très souvent de gants.

Astuce : pour gagner du temps et/ou être en mesure d’effectuer, le plus rapidement possible, une éventuelle compression manuelle directe, je porte toujours sur moi une paire de gants dans une poche de mon pantalon ; les gants bleus ou blancs (pas les noirs…) permettent aussi d’inscrire, sur le dos de la main, des informations de bilan succinctes (par ex : fréquence cardiaque/respi, etc…).

  1. Ciseaux type Jesco® : pour couper. Sa conception (tranchant et prise en main) permet de couper de nombreuses matières (tissu épais, cuir, caoutchouc, nylon, etc…) afin d’accéder plus efficacement à la blessure, couper une ceinture de sécurité de véhicule, etc…
  2. Garrot tourniquet : pour arrêter une hémorragie. Ici le CAT, pour Combat Application Tourniquet (de chez North American Rescue), pour lequel j’ai une préférence (toute génération) car d’une conception le rendant plus facile à utiliser d’une main en « self aid » (se secourir soi-même) que le SOFT-T. Le SOFT-T, pour Special Operation Forces Tactical Tourniquet (de chez Tactical Medical Solutions) est aussi un excellent garrot ayant également fait ses preuves, cependant il exige une certaine gymnastique de la main (surtout de la main faible), ce qui rend son utilisation en self-aid un peu plus longue et difficile qu’avec le CAT ; les garrots à cliquet RMT, pour Ratcheting Medical Tourniquet (de chez RevMdx) sont aussi très efficaces et rapides à utiliser d’une main. Cependant il faut envisager que leur système, un peu plus complexe que celui d’un garrot tourniquet, les prédispose au risque possible de défaillance au moment le plus décisif (Loi de Murphy : « tout ce qui est susceptible de mal tourner, tournera mal ») notamment du au fait qu’ils pourraient être exposés aux agressions extérieures comme le sable, la terre, l’accumulation de poussière, etc…(quand il ne sont pas protégés dans une pochette fermée) ; les autres garrots tels que le RATS (Rapid Application Tourniquet System), le SWAT-T (Stretch, Wrap & Tuck Tourniquet), le MAT Responder (Mecanical Advantage Tourniquet), le TK4 tourniquet, etc…, devraient être réservés à un usage en back-up ou pour compléter un kit collectif. Pour faire court, selon moi, ils ne sont pas assez fiables et n’ont pas prouvé leur totale efficacité dans le domaine de leur pression d’occlusion.

3 types de garrots ; de gauche à droite : garrot tourniquet (TQ) SOFT-T wide, garrot tourniquet CAT et garrots à cliquet RMT (adulte+enfant).

  1. Garrot de fortune : pour arrêter une hémorragie (plusieurs blessures, nombreuses victimes…) ou, au pire, renforcer un garrot déjà mis en place. Constitué d’une sangle (largeur 2,5 à 3 cm, longueur +/- 1m) et d’un objet servant de tourniquet, il serait dommage de se priver d’un outil aussi peu cher et simple à réaliser : ici, il s’agit de sangle de récupération (sangle d’arrimage à cliquet) et d’un bâtonnet coupé dans de la baguette en bois, que l’on peut aussi tailler dans une branche (n’abattez pas un chêne centenaire juste pour ça !).

Astuce : regroupez la sangle et le bâtonnet avec un élastique afin d’éviter de devoir chercher l’un et l’autre élément dans l’urgence.

  1. Pansement compressif : pour arrêter une hémorragie (sans corps étrangers dans la plaie). Ici le pansement « type israélien » ; différents modèles ayant chacun leurs petites spécificités sont disponibles dans le commerce et donnent globalement tous un très bon niveau de satisfaction, quand ils sont bien utilisés, tant dans leur simplicité d’utilisation que leur efficacité.

Astuce : afin d’améliorer la prise en main des parties prévues pour l’ouverture de l’emballage quand on a les mains/gants souillés de sang, qu’il pleut, qu’il fait sombre, quand on stresse, etc…, coincez une petite bille (taille « airsoft ») ou une petite perle derrière un morceau de chatterton collé de part et d’autre de l’encoche prédécoupée. Les pansements compressifs sont souvent conditionnés dans un double emballage ; lorsque c’est le cas, ôtez le premier (le second suffit) afin de gagner une étape au moment de son utilisation.

 

Vue large de l’optimisation des emballages de pansement

Détail de l’optimisation des emballages de pansement

 

  1. Sacs congélation style Ziploc® grands modèles (x2) : pour emballer et protéger proprement des viscères en cas d’éviscération ou un membre amputé (à minima son extrémité abîmée).

Pas cher et peu encombrant, on peut aussi l’utiliser comme récipient de fortune pour y mettre de l’eau (nettoyages divers), remballer rapidement (en cas d’urgence) le kit de premiers secours sans avoir à tout reconditionner dans la pochette, de sac à déchets, etc…

  1. Pansement occlusif/3 cotés de fortune (x2) : pour traiter une plaie thoracique, souvent soufflante ; découpés dans des sacs congélations suffisamment solides (les Ziploc® sont très biens) et par paire car un trou d’entrée induit parfois un trou de sortie ; il existe des pansements occlusif/3 cotés commerciaux, mais leur coût relativement élevé les destine plutôt à un usage par certaines catégories de personnes (armée, police/gendarmerie, pompiers, sécurité privée…), et/ou pour équiper un kit collectif.

Astuce : soulignez les bords du morceau de plastique transparent au marqueur noir (permanent) et tracez les diagonales de vos morceaux de plastique afin de mieux les visualiser et positionner au moment de leur mise en place.

  1. Ruban adhésif type Duct Tape : pour réaliser les pansements occlusifs/3 cotés, renforcer un pansement compressif, refermer une plaie, bloquer le tourniquet du garrot de fortune, etc…

Astuce : enroulez suffisament de longueur (ici +/- 8m) sur un petit support en plastique rigide (carte bancaire périmée coupée en deux, par ex.) ou un morceau de tube de stylo coupé à la bonne largeur afin de minimiser le volume occupé dans votre IFAK.

  1. Lampe + piles de rechange : pour (s’) éclairer ! Une frontale de préférence afin de garder les deux mains libres. En situation de 1ers secours, même si j’adore ce type de produit, je ne suis pas fan des bâtons chimiques éclairant type Cyalume® comme source primaire de lumière à cause de leur luminosité insuffisante en espace ouvert (en opposition à un espace clos ou milieu confiné) ; à prévoir éventuellement en back-up ou pour vous signaler.
  2. Pince à épiler : pour retirer échardes et autres petits débris ; j’ai une petite préférence pour des bouts pointus, plus précis selon moi.
  3. Couverture de survie : pour couvrir, protéger, emballer, écrire… Pour rappel, la partie dorée se place vers l’extérieur quand on veut réchauffer la victime (ou plutôt minimiser son refroidissement) et la partie argentée vers l’extérieur quand on veut protéger la victime de la chaleur, du rayonnement solaire direct, etc… Et elle se borde du mieux possible sous la victime, comme si on cherchait à l’emballer.

Astuce : pour augmenter son efficacité, on l’utilise à même la peau, sous les vêtements (plutôt chez une victime consciente). Elle permet aussi de noter quantité d’informations concernant la victime (gestes effectués, constantes relevées, etc…) à condition que la couverture « parte » bien avec sa victime.

  1. Compresses, paquet de 2 (x5) : pour nettoyer et protéger de petites plaies.
  2. Bande de gaze extensible (10cmX10m) : pour maintenir en place des compresses, renforcer un pansement compressif ou confectionner un pansement compressif de fortune (maintien d’un tampon relais), bloquer le tourniquet du garrot de fortune, etc…
  3. Petites compresses imprégnées d’alcool (x10) : pour nettoyer une peau saine, un instrument, etc…
  4. Sérum physiologique en dosette (x5) : pour nettoyer une petite plaie ou un œil ; à préférer à tout autre produit actif à cause des risques d’allergies possibles et de l’incompatibilité pour un nettoyage oculaire (la moindre petite poussière dans un œil devient vite insupportable).
  5. Petits pansements type Urgo® : pour les petites coupures et autres petits bobos, notamment pour les enfants chez qui l’effet et généralement et rapidement très bénéfique sur le plan moral ; assortiment de différentes tailles.
  6. Marqueur permanent et fiches mémo/info : le marqueur, pour noter, le cas échéant, l’heure de pose du garrot et toute information utile ; les fiches mémo/info, regroupant un aide mémoire du bilan, éventuellement les numéros d’urgence (surtout à l’étranger), quelques fiches bilan sommaire (ou « fiches de l’avant », imprimées au recto de fiches cartonnées, le verso est laissé vierge, reliées entre elles) et, éventuellement, rappelant la procédure à suivre en cas de blessure.

Astuce : intégrez à votre kit une fiche synthétisant diverses informations vous concernant personnellement telles qu’état civil (à accompagner d’une photo de vous, pour confirmer votre identité), numéros d’assurance, de mutuelle et de carte vitale, allergie(s) éventuelle(s), traitement(s) en cours, antécédents médicaux, personne(s) à prévenir en cas d’accident, etc…

En conclusion de cette présentation du kit individuel de premiers secours « basique », et avant de vous livrer quelque chose d’un peu plus développé, je vous signale qu’on peut trouver des kits déjà constitués de qualité et fournissant une bonne base de départ, forcément évolutive, pour des tarifs avoisinant les 70 euros.

 

MATERIEL POUR IFAK AVANCE

Qui peut le plus…peut le plus. Après ce passage en revue des outils à intégrer dans un kit de premiers secours du quotidien, destiné à un secouriste ayant une formation de base idéalement complétée par quelques techniques supplémentaires (garrot tourniquet, pansement compressif, etc…), voici les éléments que je rajoute à ceux que je vous ai présenté, pour compléter mon IFAK personnel.

Les matériels rajoutés au kit basique

  • A/ Ciseaux « Raptor » Leatherman® : Remplace les ciseaux Jesco®. Superbe outil, de grande qualité et doté d’un pouvoir de coupe largement supérieur à celui des ciseaux Jesco® traditionnels (j’ai déjà coupé de la tôle fine), il intègre un brise-vitre, un coupe-sangle, un coupe-anneau et une clé pour réservoir O2 (format US). J’ai optimisé le mien avec une cordelette à laquelle j’ai fixé un feutre noir permanent à double pointe (1 moyenne et 1 fine). Livré avec un étui de ceinture dans lequel le Raptor rentre replié.

Il existe un outil intéressant permettant d’optimiser des ciseaux classiques : un coupe-sangle conçu par Reapshears® qui vient s’adapter sur le plus gros des anneaux des ciseaux, ce qui permet de découper facilement et rapidement toutes sortes de vêtements et de matières d’épaisseurs faibles à modérées.

  • B/ Garrot SOFT-T wide : en plus du CAT. Le SOFT-T wide prend moins de place que son grand frère, le SOFT-T, ou son cousin, le CAT ; dans cette configuration à 2 garrots, je me réserverais le CAT en self-aid. Le SOFT-T Wide possède une sangle plus large (4,2 cm) que le SOFT-T et le CAT (2,5 cm pour les deux), ce qui le rend plus efficace et (relativement) moins douloureux pour la victime. Le CAT et le SOFT-T restent d’une efficacité redoutable !
  • C/ Pansement hémostatique QuikClot® : pour « bourrer » toute blessure hémorragique, notamment non garrotable ou difficilement compressible. Imprégné d’un agent actif qui permet d’accélérer le processus de coagulation, les dernières évolutions de ce produit se présentent sous forme de gaze conditionnée en rouleau ou repliée sur elle-même (en accordéon). Facile à mettre en œuvre et très efficace, il requiert néanmoins un petit apprentissage pour qu’il puisse délivrer sa pleine efficacité. Comme pour tout produit actif, attention à la date de péremption.
  • D/ Pansement compressif de fortune x2 : constitué d’un rouleau de gaze et d’une bande extensible cohésive (auto adhérente) il permet de traiter une hémorragie en « bourrant » si nécessaire la blessure avec tout ou partie de la longueur de la gaze et/ou en me servant de celle-ci pour faire un tampon permettant d’augmenter l’effet de compression, le tout étant maintenu en place par la bande extensible. D’un coût très modeste et facile à réaliser, cet ensemble se révèle être tout aussi efficace qu’un pansement compressif commercial lorsqu’il est bien utilisé.
  • E/ Pansement occlusif/3 cotés de fortune (x2) : grand modèle, toujours par paire.
  • F/Cathéter 14G : pour les non-initiés, un cathéter est le dispositif qui permet de perfuser ; c’est une grosse aiguille habillée d’une gaine souple, laquelle va rester en place (dans une veine) après retrait de l’aiguille (qui n’aura été que partiellement introduite dans la veine), et est raccordée à une tubulure, elle-même reliée à une poche de soluté ; « 14G » correspond au calibre de l’aiguille, plus le chiffre croît plus le diamètre du cathéter est fin. Sa présence dans mon kit servirait non pas à perfuser (je ne dispose pas des autres éléments nécessaires) mais à exsuffler un pneumothorax compressif. Des aiguilles exclusivement destinées aux exsufflation sont disponibles dans le commerce.

NB : avant que les esprits chagrins ou conservateurs ne s’échauffent et me condamnent au bucher des hérétiques, je précise être parfaitement conscient de ne pas posséder la prérogative légale (sur le territoire français) d’effectuer ce geste ; ayant néanmoins appris cette technique (facile) je n’hésiterais pas un instant à la mettre en œuvre en situation d’extrême urgence si je pensais pouvoir sauver une vie.

  • G/ Pansement Burnshield® : pour traiter une brûlure peu étendue ; constitué d’une compresse fortement imprégnée de gel à base d’eau.
  • H/ Écharpe triangulaire : pour soutenir un bras, renforcer un pansement compressif, emballer une blessure importante, etc…

Un élément qui n’est pas présent sur l’illustration mais qu’il me parait judicieux d’intégrer à votre IFAK : un foulard fin type « tour de cou ». Idéal pour protéger ses voies aériennes en ambiance hautement poussiéreuse. Plutôt qu’une grande explication, imaginez-vous devoir évoluer après l’effondrement du World Trade Center aux USA ou de celui du pont à Gènes en Italie… ; je préfère ce type de foulard à un masque papier de type chirurgical, beaucoup moins confortable et protecteur en condition extrême ; ce type d’effet pourrait figurer dans tout EDC.

Vous pouvez retrouver l’ensemble des matériels évoqués dans  la liste Amazon composer son IFAK et vous (re)familiariser avec le matériel en visionnant des vidéos de démonstration.

CONCLUSION SUR l’ IFAK ET LA FORMATION AUX PREMIERS SECOURS

Nous voilà au terme de cette revue que j’espère la plus complète possible. Vous aurez remarqué que certain petits matériels (sérum physiologique, pince à épiler, etc…) n’ont pas de rôle dans un contexte de damage control (traiter en premier ce qui tue en premier), seulement voilà, les petits bobos de la vie quotidienne étant ce à quoi on est le plus exposé, il serait dommage de se priver de pouvoir les gérer.

Vous pouvez aussi rajouter à votre IFAK (ou à votre porte clés) un petit masque de protection faciale pour vous protéger en cas de bouche à bouche sur une personne en arrêt cardio-respiratoire.

Masque de protection pour bouche à bouche

Si l’instinct de survie est inné, les différentes procédures (quoi et quand faire) et techniques (comment faire) de secourisme sont du ressort de l’acquis. Cela me pousse à insister encore une fois sur l’absolue nécessité de vous former, de préférence auprès de formateurs et techniciens expérimentés, d’organismes sérieux, et de vous entrainer régulièrement. Ouvrez le plus souvent possible votre kit, familiarisez-vous avec vos outils, améliorez-le, faites-le évoluer, bref, faites-le vivre. Et tenez-vous informés des dernières évolutions (matériels, procédures et techniques).

Rien n’étant définitivement acquis, FORMEZ-VOUS, ENTRAÎNEZ-VOUS ET SOYEZ PRÊTS !

Et comme aiment à le dire les anglophiles (et moi-même) : « stay safe and watch your six ! »

Rodolphe.

POST SCRIPTUM

  • Ni mes camarades secouristes/formateurs impliqués dans la page FB que j’anime et dans les formations que nous organisons ensemble ni moi ne sommes sponsorisés par de quelconques fabricants et/ou revendeurs. Tous les matériels décrits dans cet article ont été acquis par nos propres moyens.
  • Tous les éléments présentés dans cet article ont été utilisés et ont prouvés leur efficacité en condition réelle.
  • Mes remerciements chaleureux au photographe et aux camarades qui m’ont relu et apporté corrections utiles et suggestions pertinentes.