Je lis en moyenne 3 livres par semaine et rares sont les ouvrages qui gagnent leur place dans ma bibliothèque. Si vous voulez lire un livre intelligent, bien écrit et proche de vos préoccupations, ne cherchez pas plus loin.

Le synopsis ? Il n’est pas très relaxant.

Hiver 2028, ruinée par des décennies de mauvaise gestion, la France va basculer en quelques jours vers un conflit civil terrifiant qui va réveiller les fractures ethnico-religieuses. Sous la bannière verte de l’islam, les salafistes vont affronter les identitaires dans une guerre urbaine meurtrière qui va détruire le pays pendant que plusieurs personnages tentent de sauver leur peau en fuyant ou en se battant dans une France qui sombre rapidement dans le chaos et la barbarie. Ce roman de politique-fiction entre post-apocalypse et survivalisme retrace les trajectoires de ces destins jetés dans le fracas de l’histoire au moment où l’ombre de la barbarie s’étend sur la France.

Demain les barbares – Chroniques du Grand Effondrement fait partie de ces romans qui happent le lecteur dans leur univers. De la première à la dernière ligne, je ne suis pas sorti du récit de Franck. Je l’ai ressenti, je l’ai vu, je l’ai vécu. Et il ne m’a pas laissé indemne.

Avec Demain les barbares Poupart nous offre un récit superbement écrit bourré d’habiles réflexions en cascade. Il déroule, dans une fluidité terrifiante, une uchronie si proche du possible que j’ai eu la sensation de tenir un livre d’histoire entre les mains.

Demain les barbares est si prenant et cohérent qu’il m’a fait froid dans le dos. Ce livre est si bien écrit et si proche de ce qui se passe aujourd’hui que j’ai l’impression que Franck Poupart a voyagé dans le futur… La lecture de Demain les barbares m’a mis extrêmement mal à l’aise.

Tout est détaillé, tout est basé sur une réalité tangible. En lisant Franck, j’ai compris qu’il a étudié tous les possibles (évacuation, confinement, etc.) sous tous les angles et qu’en cas d’effondrement total, il n’y a pas de salut possible. La lecture de Demain les barbares m’a amené à revoir ma façon d’appréhender les choses et d’organiser l’exfiltration de mes proches.

Dans ce futur éventuel que nous projette Demain les barbares, la France va s’autodétruire, l’Europe entière va se disloquer, et ce ne sont pas des stocks pour quelques mois et des armes de chasse qui vont nous sauver de la folie des hommes quelque soit leur camp ou leur religion.
La fièvre de la foule et la peur panique s’emparent de nous au même rythme qu’elles gagnent les protagonistes, l’emprise est totale.

Poupart met des mots sur des intuitions, l’écrit est prophétique et d’une intelligence remarquable. Je suis bibliquement terrifié par ce qui nous attend d’ici quelques années si le scénario de Franck se révèle juste et je crois sincèrement que c’est fort probable, voire inévitable, en particulier si le mouvement des Gilets Jaunes échoue.

L’explosion de la France décrite dans Demain les barbares n’est que la suite logique de la lente déliquescence du pays et de la tromperie des politiques…

Pour moi qui avait détesté Guérilla (et pourtant j’apprécie Obertone) que j’ai trouvé facile, haineux, grossier, mal écrit et raz des pâquerettes, Demain les barbares à été une révélation. Les personnages sont crédibles et attachants, leurs réactions sont plausibles et surtout, Poupart leur donne une vraie profondeur quel que soit leur rôle.

Ici pas de manichéisme, chaque camp défend ses intérêts, se bat pour sa survie et l’assouvissement de ses besoins quels qu’ils soient… L’auteur nous livre ici un récit à la fois réfléchi et brut de décoffrage, si proche de la réalité qu’on en perd pied. On y retrouve la vie dans toute sa brutalité et l’humanité sans toute sa violence, sa sensibilité, sa monstruosité aussi…

J’ai eu la chance de discuter avec Franck, voici notre échange…

 

Légendat: Quelle ont été tes motivations et tes inspirations pour écrire DLB?     

Franck Poupart : Comme beaucoup, j’ai depuis longtemps le sentiment que notre société est en train de s’effondrer sous une conjonction exceptionnelle de forces centrifuges : globalisation, immigration, islam, paupérisation des classes moyennes, crise écologique.

Nos sociétés ressemblent à ces bâtiments rongés par les termites : tu crois que tout est encore intact, jusqu’au jour où la charpente craque et que tout s’effondre.

Je crois que nous en sommes là. E. Macron, devenu si impopulaire en si peu de temps, montre que la France n’échappe pas à ce que l’on voit ailleurs en Europe. La voie médiane est une acceptation d’un monde qui condamne les classes populaires à la mort lente. Tout le continent s’effondre, mais nous sommes en France parmi les plus touchés. Les USA ne vont pas mieux, la crise des opioïdes qui tue des pans entiers de la société, le malaise interracial, le féminisme de combat.

J’ai hâté la sortie de Demain les barbares en janvier 2015, car je savais que Michel Houellebecq (que j’aime beaucoup) sortait son roman Soumission qui portait sur la confrontation avec l’islam.

Je ne savais pas comment il allait aborder la question et je ne voulais pas paraître le plagier. Mais, en fait, nos romans sont très différents. Cela explique que Demain les barbares soit sorti le jour exact des attentats contre Charlie Hebdo.

Qu’ils vivent en ville ou dans des lieux reculés, tes protagonistes sont tous confrontés à des situations très difficiles et violentes. Quelle position géographique as-tu adoptée ou adopterais-tu en prévision d’un effondrement ?

Je crois que quand un pays s’effondre, il n’existe pas vraiment de sanctuaires. Même à la campagne, on voit que ça craint un maximum avec les bandes de charognards qui pillent les fermes.

Bien sûr, il y a la montagne, mais c’est parce que Landry (comme moi) y est né. Ses racines sont là-bas. Quand les choses craignent en ville, les hommes retournent vers leur tribu. La sienne vit dans les Alpes. Il emmène tout le groupe avec lui. Et son fils Pierre qui représente l’avenir. Pierre ressemble à mon fils qui est un garçon qui a la tête sur les épaules. Pierre grandit au cours de la fuite. Il devient un élément important du groupe ; un adulte.

Sinon, le plus sûr pour survivre, c’est de fuir le pays et d’attendre que la situation redevienne normale. Mais qui va accepter des dizaines de millions de réfugiés. Surtout que les pays voisins de la France ne sont guère plus stables. La Suisse ferme ses frontières. C’est d’ailleurs un peu ce que j’ai fait en quittant la France pour l’Asie. Je ne supportais plus ma vie en France. Je rentre le moins possible. Quand je ne peux pas faire autrement.

Demain les barbares nous projete en 2028 et en dépit de la piteuse situation que tu dépeins, aucun des protagonistes ne semble s’être préparé au pire. Est-ce une façon implicite d’inciter tes lecteurs à se préparer à affronter une pénurie ?

C’est exact, ils ne se sont pas préparés. Personne. Sauf Mona qui stocke de l’essence. Mais c’est plus pour elle un placement contre la dévaluation du papier monnaie que la préparation d’une fuite. Quand l’effondrement arrive, personne n’est prêt.

Peut-être peut-on se préparer mentalement au pire… mais à la fois, je ne veux pas que mes enfants pensent que tout est foutu. Je fais semblant d’être optimiste, sinon comment investir dans des études ?

C’est très dur de se dire que l’on commence sa vie dans un pays en chute libre, un continent à la ramasse. Comment vivre quand on a l’impression d’être dans un train qui fonce vers la catastrophe ? Comme ces images au ralenti dans les films catastrophes.  On sait que ça va arriver…. C’est tout. Je peux décrire le futur que j’imagine. Mais je suis bien incapable de rien arrêter. Je ne possède aucune solution à tout ça.

Pour la pénurie, la vie des classes moyennes s’est beaucoup dégradée et elle les prépare progressivement à vivre dans une sorte de pénurie où on compte pour tout. Un smicard est déjà juste en situation de reproduire sa force de travail.

Tu as publié DLB en 2015. Bientôt 4 années se sont écoulées. Avec le recul, vois-tu ton récit comme plus ou moins susceptible de se réaliser?

Pour prendre un mouvement récent, celui des gilets jaunes, on retrouve la ruine de l’état, le carburant très cher qui bénéficie aux pays pétroliers, la fermeture des usines.

Landry est un ancien d’Airbus et l’entreprise a fait faillite sous la concurrence chinoise. …Mona doit se prostituer pour vivre… Alex fait partie de ces flics dégoûtés par une justice qui relâche les criminels…. Fatou est une petite black marginale qui ne peut que vivre de rapines… Kowalski est un traitre vendu aux islamistes mais il n’avait pas le choix en taule…

Même le président n’est pas antipathique. Il essaie de trouver des solutions. Ce n’est pas réellement un salaud. C’est juste qu’il ne peut inverser le destin.

Y a-t-il des choses que tu changerais?

Certainement, j’essaierai de couper certains passages. Un auteur se répand toujours trop. Le lecteur moderne aime les romans courts. Il faut dégraisser. C’est le conseil, excellent, de Stephen King que j’adule.

Ton écrit est poignant, presque prophétique. Quelle est ta conviction profonde concernant la réalisation ou non de ce que tu as décrit dans DLB?

Je souhaite sincèrement avoir tort. Je ne suis pas dans l’attente du désastre juste pour dire avec un sourire satisfait : « Vous voyez, j’avais raison avant tout le monde. Maintenant, on est dans une merde noire ».

Mais les attentats de masse du Bataclan ressemblent beaucoup à celui du Musée d’Orsay. Ce qui se passe avec la France périphérique ressemble à la France de Rempart, celle des « petits blancs » qui n’ont plus rien à perdre. Un pays qui n’attend plus rien du système et qui cherche à survivre grâce à une insurrection.

As-tu des conseils à donner aux lecteurs de RU vis-à-vis de leur situation en France? Que penses-tu de la mouvance survivaliste?

Je partage une chose importante avec la mouvance survivaliste : le sentiment que le pire est devant nous.

J’admire la capacité que vous, les survivalistes, avez à vous préparer au pire pour protéger vos vies et vos familles. C’est très courageux. Il faut une volonté d’acier.

Un courage qui me manque. Je n’ai pas votre force de caractère.  J’ai préféré aller vivre ailleurs. Sous d’autres cieux plus cléments, je ne voulais pas vivre en préparant Doomsday. Même avec des moyens réduits, je vis dans un pays que j’aime. L’Asie c’est très rassurant. Ici, le futur est encore une promesse. Le pays se fait respecter. J’aime ça.

Quand les dealers étrangers pourrissent un quartier, l’armée débarque un soir et embarque tout le monde pour l’aéroport. C’est arrivé récemment. Mieux vaut se tenir à carreaux. Résultat, il y a du respect, comme disent certains jeunes en France.

Par ailleurs, je suis ce qu’écrit Piero San Giorgio qui m’a aidé à la sortie de mon livre à le faire connaître. Une belle vidéo sur YouTube. Je lui en suis reconnaissant et ses livres sont puissants. Mais je pense que je ferais un bien piètre survivaliste. À la place de Landry ou d’Alex, je ne survivrais pas très longtemps dans ce monde barbare. J’ai donc beaucoup d’admiration pour ces hommes capables de vivre dans un monde dur et violent. Rien dans mon éducation ne m’y a bien préparé.

Je crois que je suis un nostalgique. J’aurais aimé vivre dans une autre époque.

Envisages-tu d’écrire une suite à DLB?

Le roman appelle une suite. Mais d’autres textes ont consommé mon temps de cerveau disponible depuis… Peut-être un jour. C’est l’envie qui décide.

 

Le livre de Franck rencontre à juste titre un franc succès et je vous invite à aller consulter les avis des lecteurs.

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