La sécurité opérationnelle appliquée par les organismes de défense du monde entier est, au sens large, la prévision des défaillances potentielles d’un plan ou d’un système. En tant que survivalistes (ou preppers, ou ce que vous voulez qui veut dire la même chose) la sécurité opérationnelle est au cœur de nos préoccupations.

01. Les bases de la sécurité opérationnelle (OPSEC)

La sécurité opérationnelle (OPSEC pour les intimes) repose sur un processus en 5 étapes :

  1. Identification des informations à protéger
  2. Analyse de la menace
  3. Analyse des vulnérabilités
  4. Évaluation du risque
  5. Mise en places de contre-mesures

Cette procédure est connue de toutes les agences de renseignement et de tous les organismes de lutte anti-terroriste. Dans ces milieux, la sécurité opérationnelle consiste à déterminer quelle(s) information(s) critique(s) pourraient empêcher l’organisation de mener à bien efficacement ses opérations si elle(s) venai(en)t à fuiter.

Pour l’appliquer au survivalisme, nous allons simplement remplacer l’information par la capacité à jouir d’une vie « normale ». Nous obtenons donc par exemple :

  1. Identification de la fonction à protéger (s’éclairer, se chauffer, communiquer, etc.)
  2. Analyse de la menace (catastrophe naturelle, attaque terroriste, crise économique sévère…)
  3. Analyse des vulnérabilités (dépendance au réseau électrique, pas de source d’eau potable à proximité,…)
  4. Évaluation du risque (combien de chance ai-je que la menace s’éxécute ?)
  5. Mise en places de contre-mesures (sur quels plans/matériels puis-je m’appuyer pour assurer la stabilité de mon mode de vie ?)

La sécurité opérationnelle consiste donc ici à garantir l’application du plan prévu en réaction à un poblème défini.

02. Analysez les menaces qui vous concernent

J’insiste sur le « qui vous concernent ». Même si la crue centennale menace Paris depuis des années, il est beaucoup plus utile et réaliste de se préparer à des troubles sociaux de grande envergure dans cette région que de prévoir des sacs de sable et des canots de sauvetage. Sur le même principe, les habitants des villes isolées qui sont régulièrement victimes d’inondations ou de coupures de courant ont plus intérêt à se préparer à réagir à cette menace d’isolement qu’à une invasion de barbus munis de kalachnikovs et de ceintures d’explosifs. Une partie du monde survivaliste nage en plein fantasme, ne vous laissez pas gagner par la fièvre du « ça va péter dans tous les coins ». La France a encore les reins solides sur bon nombre de points, ce n’est pas demain qu’on verra Mad Max en ouvrant les volets.

03. Planification de la réaction et acquisition du matériel de survie

Pour commencer, vous devez faire le point sur votre plan d’action en cas de problème (à vous de définir ce dernier) et sur ce qui doit être protégé si la situation dégénère. Répertoriez tout ce qui compose votre vie et tout ce que vous avez et barrez les choses inutiles en cas de situation dégradée. Tous les objets qui composent votre quotidien ont une valeur associée, qu’elle soit sentimentale ou matérielle. Vous devez être capable de vous focaliser sur ce qui a un intérêt pour votre survie et celle de vos proches et vous conditionner mentalement à abandonner tout le reste s’il le faut.

Si votre domicile est peuplé d’objets inutiles qui prennent toute la place, rappelez-vous que votre sécurité opérationnelle dépend de vos plans et de votre matériel : 2 c’est 1 et 1 c’est rien. Assurez-vous que vous avez tout ce dont vous avez besoin pour assurer l’autonomie de votre foyer et dégagez tout le reste s’il vous empêche de stocker du matériel utile.

Listez ce qui vous manque pour planifier l’achat des produits en question. Mon conseil est de scinder la liste des achats en deux parties : ce dont j’aurais besoin si je dois rester à mon domicile dans une situation dégradée (appartement parisien privé d’électricité, maison béarnaise prise dans les inondations, etc.) et ce dont j’aurais besoin si je dois évacuer. Quand je dis « je », je pense évidemment aux besoins de votre cellule familiale. N’oubliez pas d’inclure vos proches dans vos réflexions.

04. Priorisez vos investissements

Chacun de vos achats a un coût d’opportunité. SI vous achetez un nouveau téléviseur à 800€, c’est autant d’argent que vous ne mettrez pas dans votre préparation et une part de sécurité opérationnelle que vous sacrifiez. L’idée n’est pas de vous priver, on a qu’une vie. Mais chaque dépense que vous faites influe sur la solidité de votre préparation et c’est à vous de juger de ce qui doit être priorisé. Pour reprendre l’exemple du couteau de marque à 200€, quand vous mettez une forte somme d’argent d’un côté c’est autant que vous ne mettrez pas de l’autre. Alors ok, la lame a une forme plus sympa, le manche est plus joli et sa texture plus agréable en main, mais quand vous serez dans la merde la seule chose qui comptera c’est d’avoir une lame solide et qui coupe.

Quand il s’agit du stock de matériel de survie, il est important de rester terre à terre et de ne pas tomber dans la spirale des achats basés sur une réflexion trop poussée. Nous avons la chance de vivre dans une époque où tous les objets sont relativement bien étudiés, même en entrée de gamme. Rappelez-vous que vous envisagez de devoir tout quitter du jour au lendemain et que, dans ces conditions, il est possible que vous vous fassiez voler votre sac ou que vous deviez l’abandonner. Il ne faut pas attacher trop d’importance au matériel. On se fiche que ce soit cool, on veut juste que ça fasse le job.

05. Sécurité opérationnelle et organisation de vos ressources de survie

Une chose très utile à faire est de constituer une base de référence des objets que vous jugez indispensables à votre survie et/ou votre évacuation et de l’endroit où les trouver. Une fois listés et photographiés dans un lutin ou un classeur, vous aurez une vision claire et rapide de ce que vous avez ou pas en réserve. Car on oublie vite… Pour vous faciliter la vie, vous pouvez également créer des « packs ».

Par exemple, je sais que mon sac d’évacuation « léger » contient en permanence :

  • 1 clé USB cryptée avec tous mes documents importants,
  • des photocopies de mes pièces d’identité et permis,
  • 1 double des clés de mon véhicule,
  • 1 double des clés de mon domicile
  • 1 double des clés de mon point de chute
  • de l’argent liquide pour payer essence/hébergement et autres frais en cas de besoin
  • 1 filtre à eau, des pastilles Micropur,
  • 1 jerrican souple de 5L,
  • 1 gourde souple de 2L, du cordage,
  • 1 couteau à lame fixe,
  • 1 multitool,
  • 1 petit pied de biche,
  • 1 brise-glace,
  • 1 set de clés techniques,
  • 1 lampe torche
  • 2 piles rechargeables de rechange pour la torche
  • 1 système portatif de rechargement solaire pour les piles et le téléphone
  • 1 batterie de secours pour mon téléphone
  • 1 paire de gants,
  • des vêtements de rechange pour 48h en sac compressif étanche,
  • 1 sac de 30L en toile,
  • 2 briquets Bic,
  • 5 boites d’allumettes de sûreté,
  • 2 stylos à bille et 1 calepin
  • 1 paire de gants en nitrile
  • 1 petite bouteille de gel désinfectant
  • 2 boites de doliprane
  • 2 boites d’aspirine
  • 2 boites de spasfon
  • 1 boite de pansements
  • 1 rouleau de sparadrap large
  • 1 sac à gravats de 200L,
  • 2 sacs poubelles de 30L,
  • 2 sacs ziplocks de 1L

Mon pack d’évacuation « lourd » est constitué d’une pochette qui contient d’autres éléments d’urgence et du matériel destructif. En cas de besoin cette pochette qui est toujours placée à proximité du sac d’évacuation se glisse dedans et je suis prêt à partir. L’intérêt de constituer ces packs est de ne pas avoir à rassembler les éléments à la dernière minute. Comme on y touche pas souvent, lister leur contenu est primordial. Et évidemment, le principe de sécurité opérationnelle exige qu’on évite d’en sortir le contenu ou on le remet en place immédiatement après en avoir eu l’usage, sinon bonjour les surprises le jour où on en a besoin. Si mon plan d’évacuation consiste à rejoindre un endroit que j’ai sécurisé contre les intrusions et que j’en oublie les clés, j’aurais l’air bien idiot une fois devant bloqué devant ma propre porte.

Un fois de plus, cette organisation n’est pas valable uniquement en cas d’effondrement brutal de la société. C’est également une sécurité pour les cas courants d’imprévus : devoir partir en urgence à l’hôpital pour assister un proche ou fuir une catastrophe naturelle arrive à des milliers de concitoyens chaque jour.