01. Les bases de la résilience et de la survie urbaine

La résilience est notre capacité à nous remettre à fonctionner au mieux après un événement choquant ou une situation extraordinaire. Mais contrairement aux cafards, les êtres humains ne sont malheureusement pas équipés pour survivre aux conditions extrêmes.

« 3 secondes sans vigilance, 3 minutes sans air, 3 heures sans abri, 3 jours sans eau, 3 semaines sans manger ».

La règle de 3 du survivalisme nous rappelle 4 besoins physiologiques vitaux : respirer, maintenir sa température corporelle, boire, et manger. Si respirer ne devrait pas être un problème sauf attaque chimique, bactériologique ou nucléaire, avoir de quoi se maintenir au chaud, suffisamment hydraté et nourri devrait être le premier axe de la préparation.

01.1 Les piliers de la résilience et de la survie urbaine : la réflexion au cœur de l’action

Prendre conscience de sa vulnérabilité est la première étape vers la résilience et souvent la plus difficile. Dans notre société, l’instinct de conservation est étouffé par un faux sentiment de sécurité qui nous pousse à chasser ces idées de notre esprit. La compréhension du monde qui vous entoure et des différentes catégories de personnes qui le composent est essentielle : sans elle vous n’avez aucune idée de votre situation et aucune capacité d’anticipation. Cette prise de conscience est souvent brutale ; pour beaucoup elle intervient suite à un événement choquant (attaque terroriste, accident, catastrophe naturelle, etc.) et découle de la volonté de ne pas ou plus être la victime impuissante de circonstances extraordinaires. La ville est un environnement complexe et la survie urbaine requiert une mentalité et une préparation spécifique.

L’accumulation de connaissances, qui comprend l’intégration de savoirs, méthodes et techniques, est indispensable. Développer vos connaissances vous aide à prendre conscience des réalités qui vous entourent, surtout en ville, et augmente votre capacité à identifier, anticiper et solutionner les problèmes. Parallèlement, votre capacité d’application des savoirs acquis décuple votre capacité d’adaptation, et celui qui sait s’adapter augmente ses chances de survie : c’est la base du mécanisme de la sélection naturelle théorisée par Darwin.

L’acquisition de matériel permettant de mettre en application vos connaissances est indispensable. L’ouvrier n’est rien sans de bons outils, mais de bons outils ne valent rien sans un bon ouvrier. Par matériel, on entend ici tout ce qui est, de près comme de loin, nécessaire à votre survie et à celle de vos proches. On considère donc que l’eau, les stocks de nourriture, les médicaments, les armes, etc. sont du matériel. Nous verrons un petit peu plus loin ce qu’il est judicieux de stocker ou non dans une optique de survie urbaine.

01.2 Le concept de résilience et la survie urbaine

En physique, la résilience désigne l’aptitude d’un matériau de retrouver sa forme après avoir été comprimé ou déformé. En psychologie, elle correspond à la force psychique permettant de faire face aux aléas de la vie (par exemple, la capacité à sortir d’un état de stress consécutif à un accident, une agression ou une catastrophe). Au niveau systémique, elle désigne la capacité à absorber une perturbation, à se réorganiser, et à continuer de fonctionner de la même manière qu’avant. La notion de résilience est donc au cœur de nos préoccupations puisqu’elle représente notre capacité à surmonter un changement brutal dans notre routine quotidienne, l’effondrement de nos systèmes de confort et la dégradation de notre environnement.

Le Livre blanc de la Défense et de la Sécurité nationale (édition 2008, paru chez Odile Jacob) définit la résilience comme ‘[…] la volonté et la capacité d’un pays, de la société et des pouvoirs publics à résister aux conséquences d’une agression ou d’une catastrophe majeures, puis à rétablir rapidement leur capacité de fonctionner normalement, ou à tout le moins dans un mode socialement acceptable. Elle concerne non seulement les pouvoirs publics, mais encore les acteurs économiques et la société civile tout entière. La nature des crises possibles dans les prochaines années appelle la prise en compte, dans la stratégie de sécurité nationale, de l’objectif de résilience. C’est en effet un devoir pour l’État de se préparer à répondre aux situations dans lesquelles pourraient être mis en cause la vie de la population ou le fonctionnement régulier de la vie économique, sociale ou institutionnelle du pays. Cela suppose une organisation des pouvoirs publics conçue dès le temps de paix pour prendre en compte les hypothèses du temps de crise, et l’établissement de priorités dans les capacités de renseignement, d’analyse et de décision[…].’

L’efficacité de l’Etat à s’acquitter de cette tâche étant limitée, il est de la responsabilité de chaque citoyen de se donner les moyens de ne pas avoir besoin d’être secouru, du moins d’en limiter les risques. Si je n’ai pas besoin d’être secouru, les secours peuvent se concentrer sur un cas plus grave que le mien, je peux moi-même venir en aide à mon prochain et tout le monde s’en porte mieux. Apprendre les réflexes et les techniques de survie urbaine est donc une attitude citoyenne à adopter.

01.3 Le refus des habitudes et de la complaisance : un mode de pensée à adopter

Prenons un exemple concret de survie urbaine. Un matin, vous entendez à la radio que le réseau d’eau potable de votre ville a été contaminé par une bactérie suite à une défaillance du système de traitement chimique de la centrale des eaux. Plusieurs options sont possibles en fonction de votre niveau d’adaptabilité :

  1. Vous décidez de boire l’eau du robinet malgré le risque de contamination bactériologique annoncé par les autorités. Ce choix ne requiert aucun changement de comportement : vous vous contentez de faire ce que vous avez toujours fait en espérant que le résultat sera le même malgré le risque que cela représente. Votre environnement a changé mais pas vous.
  2. Par chance, il vous reste un fond d’eau minérale que vous buvez. Vous avez adapté votre comportement à la situation par pur opportunisme : si vous aviez bu entièrement la bouteille d’eau minérale la veille, vous n’auriez pas pu vous désaltérer ce matin.
  3. En citoyen prévoyant, vous avez acheté un système de filtration et de purification d’eau il y a quelques temps mais vous ne l’avez jamais sorti de sa boite et vous ne savez pas vous en servir. En surface, cela ressemble à de l’adaptabilité car vous avez eu la démarche d’anticiper cette éventualité et de vous équiper de ce système. En réalité, vous vous exposez à une contamination grave car vous n’avez pas été au bout de votre démarche en testant ce matériel : il peut être défaillant ou demander une expertise que vous n’avez pas eu l’occasion d’acquérir.
  4. Vous avez acheté un système de filtration et de purification d’eau que vous avez testé et utilisé à plusieurs reprises sans attendre que la situation exige son utilisation. Vous savez que ce matériel fonctionne parfaitement et que vous en faites bon usage, et vous avez même écrit une notice pas-à-pas pour que les membres de votre famille puissent l’utiliser en votre absence si les circonstances l’exigent. Vous l’utilisez en toute confiance pour vous désaltérer vous et vos proches, et vous pouvez distribuer quelques bouteilles à vos voisins s’ils sont dans le besoin.

L’option n°4 correspond au niveau d’adaptabilité et de résilience que nous visons dans le cadre de la survie urbaine. Elle se fait le reflet de votre capacité à adapter votre comportement aux circonstances mais aussi de votre volonté à anticiper et surmonter les obstacles par l’assimilation de connaissances et l’acquisition de matériel. L’option n°3 est représentative du survivalisme consumériste : l’achat et le stockage de matériel ne suffisent pas à créer de la résilience, une curiosité et un investissement intellectuel sont nécessaires pour transformer l’objet inerte en outil utile.

Les citoyens non préparées à une telle éventualité sont représentées par les options n°1 et n°2. Ce sont malheureusement ces personnes qui seront les premières victimes des situations de crise en raison de leur manque d’adaptabilité. Représentant la plus grande part de la population, ce sont ceux qui provoqueront la saturation des services d’urgence en premier lieu dans un contexte de survie urbaine. Soyez heureux de pouvoir les aider si l’occasion se présente mais gardez-vous bien de dépendre d’eux.

La finalité de votre préparation est donc de vous rendre capable de continuer à fonctionner au mieux de vos capacités après un coup dur.

Qu’il s’agisse de la perte d’un proche, de votre emploi, de vos revenus, d’une défaillance des systèmes de support et d’approvisionnement suite à une catastrophe naturelle ou un conflit armé, vous devez vous préparer pour être en capacité de raisonner, de basculer de votre routine à un mode de vie dégradé, mais aussi vous organiser et prendre les décisions qui s’imposent pour vous et votre cercle familial.

 

02. Rompre avec ses habitudes et affuter son instinct

Techniques de survie urbaine

Il faut faire évoluer son état d’esprit et se conditionner à accepter l’imprévu pour être capable d’adapter son attitude aux circonstances. Les heures les plus sombres de l’histoire ont démontré que la population civile fait souvent preuve de comportements illogiques et erratiques face au danger.

02.1 La peur du vide n’empêche pas de tomber

Des survivants de la seconde guerre mondiale et des guerres balkaniques témoignent que nombre de personnes ayant connaissance de l’arrivée prochaine d’unités militaires ou paramilitaires réputées pour leur cruauté n’ont pas pris la fuite en dépit du sort que cela impliquait pour eux et leurs familles, et sont même parfois allées à leur rencontre pour les accueillir. Certains imaginaient qu’ils pourraient raisonner avec l’ennemi et ainsi sauver leurs vies, d’autres que leur bon cœur les préserverait ou que Dieu les protégerait.

Tous se sont mortellement trompés et nous ne nous attarderons pas sur les sorts terribles qui leurs furent réservés ainsi qu’à leurs familles. En revanche, il est crucial de comprendre le mécanisme qui les a poussés à rester sur le chemin d’une mort certaine quand le bon sens leur hurlait de prendre la fuite. L’explication est, tristement, en définitive assez simple : le manque d’adaptabilité, d’anticipation et de confiance en soi pousse à l’immobilisme. La fonction principale du survivalisme et des techniques de survie urbaine est de donner à chacun les outils mentaux et matériels pour éviter ça.

02.2 Réflexes pavloviens, habitudes et survie en zone urbaine

Tout comme l’individu qui, averti d’une contamination de l’eau, va nier le danger nouveau lié à ce geste familier et la boire quand même, la personne ancrée dans son environnement et ses habitudes va refuser de croire que sa tranquillité puisse être perturbée dans un cadre qu’elle connait si bien.

Les habitudes sont dangereuses et quelqu’un qui a vécu toute sa vie dans un monde encadré par des lois la protégeant aura tout le mal du monde à accepter l’idée que toute justice a disparu et à adapter son comportement en conséquence.

La moralité, les gens, les murs, les objets, la nature sont trompeurs : leur neutralité à l’apparence immuable et si familière nous donne le sentiment que rien ne peut changer et il en découle une fausse impression de sécurité. Personne, en sirotant un verre autour de sa piscine, ne s’imagine qu’elle pourrait devenir le lieu de son exécution ou être transformée en fosse à cadavres par un groupe de meurtriers, ni qu’il pourrait avoir à tout quitter en 30 minutes pour échapper à cela.

Les lois, les habitudes, la familiarité des gens et des choses sont les vecteurs d’un sentiment de sécurité illusoire. La seule protection réelle est celle que l’on s’offre par le développement de ses facultés d’anticipation, sa capacité d’adaptation et sa volonté de vivre.

02.3 Faire ce qui doit être fait

Le survivalisme consiste à aiguiser son attention et à acquérir un recul sur soi-même, son environnement et ses capacités, des connaissances, des réflexes opératoires et du matériel pour basculer de la condition blanche à la condition noire le plus rapidement et efficacement possible. La survie urbaine fait appel à des mécanismes très complexes qui exigent réactivité et lucidité : en ville plus qu’ailleurs, les choses peuvent basculer extrêmement rapidement.

Il n’est pas question ici de fantasmer son adaptabilité ni de se demander ce qui devrait être fait et si on en serait capable ; il est question de se conditionner, de s’équiper et de s’entrainer à faire ce qui doit être fait pour garantir notre sécurité et celle de nos proches.