01. Historique rapide du gilet pare-balle

Le gilet pare-balle est un équipement personnel blindé de fabrication complexe destiné à protéger son porteur de la pénétration de projectiles et des traumas occasionnés par leurs impacts. C’est un produit qui ne cesse d’évoluer. Le concept de gilet pare-balle prend sa source au moyen-âge avec l’apparition des armures de tissu et d’acier destinées à limiter les dégâts occasionnés par les épées, lances et armes de trait des ennemis. Avec l’apparition de la poudre, les équipements de protection individuelle développée au moyen-âge devient rapidement obsolète.

De nombreuses tentatives de mise au point de gilet pare-balle ont été faites à partir de plaques d’acier mais ces systèmes se révélaient extrêmement lourds et incapacitants. Il faudra attendre les années 1960, le développement de la chimie moderne et la découverte des aramides pour qu’un système plus fiable soit mis au point sous la dénomination commerciale KevlarTM. Depuis, de nombreuses matières ont été dérivées du Kevlar et de ses composés et servent à la fabrication de gilet pare-balle plus légers, plus efficaces et qui permettent une grande liberté de mouvement. Cela dit, ces protections balistiques restent lourdes et inconfortables pour la plupart. De plus en plus de matériaux nouveaux apparaissent (céramiques, nano-matériaux, toile d’araignées, etc.) et avec les imprimantes 3D on pourra peut-être bientôt fabriquer son gilet pare-balle sûr et confortable directement chez soi.

02. Attention aux clichés

Largement mis en scène par les films hollywoodiens, le gilet pare-balle est victime de nombreuses méprises et il est important de comprendre l’usage correct de celui-ci ainsi que ses qualités et défauts.

Dans l’ancien temps, un soldat n’avait pas d’autre choix que de tenter de fabriquer son gilet pare-balle avec les moyens du bord. Peu ont vraisemblablement réussi, ou la recette serait aujourd’hui bien connue. S’il est courant de voir un héros de fiction fabriquer son gilet pare-balle avec des plaques d’acier ou d’autres matériaux résistants, il est totalement illusoire de penser que cela puisse s’appliquer dans la réalité. Contrairement à la croyance commune, le gilet pare-balle ne constitue pas une protection fiable à 100% contre les tirs d’armes à feu. Alors une protection artisanale…

Fabriquer son gilet pare-balles soi-même

Il n’y a que dans les films où fabriquer son gilet pare-balle soi-même est une bonne idée.

S’il est toujours préférable d’en être équipé dans le cadre d’une activité policière ou militaire, de nombreux facteurs influent néanmoins sur sa capacité à arrêter une ogive, comme le calibre utilisé ou l’angle de pénétration du projectile à l’impact. Les gilet pare-balle sont divisés en plusieurs classes pour différencier leur capacité à stopper différents types de projectiles.

03. Les classes de protection balistiques – classement NIJ (National Institute of Justice)

La classe IIA est le plus faible niveau de protection. Elle arrête des projectiles d’armes de poing aux calibres peu performants d’un point de vue balistique, comme le 9mm parabellum ou le calibre 40 S&W. La classe II présente une tolérance accrue et arrêtera également les calibres 45 ACP et 357 Magnum. Ces deux classes de protection n’offrent pas de performances satisfaisantes et, comme le gilet pare-balle de classe I, elles tendent à disparaitre.

La classe IIIA offre une protection accrue et arrêtera tout le spectre des calibres d’armes de poing, du .22lr au célèbre 44 Magnum. En revanche, le niveau IIIA ne protège pas des tirs d’armes longues (carabines de chasse, fusils d’assaut, etc.). C’est la classe de protection qui équipe majoritairement les forces de l’ordre et les armées du monde entier.

La classe III, plus performante, arrêtera l’ensemble des calibres précédemment cités pour les classes IIA, II et IIIA et protégera son porteur contre les ogives blindées des calibres de chasse et d’armes automatiques chambrées en 5,56 OTAN, 7,62 OTAN ou équivalents.

La classe IV présente les mêmes caractéristiques que la classe III mais protège en plus des munitions perforantes. Bien sûr, tout cela reste théorique et mieux vaut éviter d’avoir à vérifier le bon fonctionnement d’un gilet pare-balle.

Attention, les gilets de protection balistique ne protègent pas du tout contre les armes blanches. Un autre type de protection doit être intégré d’origine au gilet souple ou ajouté au porte-plaques. Tout comme les plaques de protection balistiques, les pare-coups sont des produits de haute technologie et les fabriquer soi-même est très difficile. Une lame de couteau de chasse pénètre dans à peu près n’importe quoi…

04. Choisir sa protection pare-balle

La protection pare-balle ne s’adresse pas qu’aux forces de l’ordre. N’importe qui peut se retrouver dans une situation où il lui faudrait un gilet pare-balle, et ces situations sont malheureusement de plus en plus fréquentes. Il y a des gens qui se retrouvent en situation de danger tous les jours, du professeur en ZEP au salarié d’une société de rachat d’or en passant par le personnel médical qui travaille dans une zone sensible.

Pour bien choisir votre pare-balle, vous devez évaluer à quels types de menaces potentielles vous faites face. Sont-elles uniquement d’ordre balistiques, y a-t-il un risque qu’on vous attaque avec des objets contondants ou des armes tranchantes ? Vous rendez-vous dans une zone de guerre et quel est le plus gros calibre auquel vous pouvez avoir affaire ? Analysez les niveaux de protection NIJ ci-dessus pour voir le(s)quel(s) correspond(ent) le mieux à votre cas.

Pour bien choisir un gilet, il est important de ne pas sous-estimer le niveau de protection dont vous avez besoin. Si vous devez le porter pour de longues durées, sachez que les gilets qui offrent un haut niveau de protection (IIIA, III & IV) sont bien plus lourds que les gilets de protection de faible niveau, et souvent plus rigides, aussi. Un autre aspect important est la longueur du gilet qui doit idéalement protéger votre nombril (le bas du ventre en somme) mais ne pas descendre trop bas. Si le gilet va au delà de votre nombril, il protègera des organes non vitaux au détriment de votre mobilité. Vous pourriez être gêné pour vous asseoir, vous pencher ou vous tourner et cette situation serait loin d’être idéale dans les situations où on cherche à vous tuer.

05. Gilets pare-balles souples et porte-plaques balistiques

Le gilet pare-balle se présente sous plusieurs formes. La classe IIIA est proposée en gilets souples et sous forme de plaques balistiques à insérer dans un gilet porte-plaques. Les deux formats ont leurs avantages et leurs inconvénients. Le gilet pare-balle souple propose une protection plus couvrante de l’anatomie mais qui se limite aux calibres d’armes de poing, alors que le système de porte-plaques permet modularité et évolutivité vers des protections balistiques plus efficaces (classe III et IV) ainsi que l’ajout de plaques anti-trauma mais au détriment de la surface de protection car son design modulaire crée des zones de vulnérabilité.

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Le gilet pare-balle souple offre une couverture plus étendue du corps : les flancs en particulier sont bien protégés.

 

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Les gilets porte-plaques balistiques sont modulaires et offrent une grande mobilité mais présentent des zones de vulnérabilité. On perçoit bien une plaque devant et une autre dans le dos mais les flancs du porteur sont très exposés.

La vélocité des munitions stoppées implique un fort trauma à l’impact. Si votre gilet pare-balle contient une plaque de protection balistique de niveau IIIA qui est capable de stopper une ogive .44 Magnum de 15 grammes lancée à 450km/h, votre thorax lui n’a pas été conçu pour encaisser le choc d’un projectile vous atteignant avec une force de plus de 1500 joules. A titre de comparaison, une balle de tennis de 45g servie à 228km/h par un joueur professionnel développera environ 115 joules, et personne n’a envie d’être sur sa trajectoire.

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L’énergie cinétique du projectile est absorbée par le gilet et redistribuée sur la zone touchée.

Arrêt cardiaque, implosion des organes et os brisés sont fréquents avec l’utilisation des gilets pare-balle. L’ajout d’insert anti-trauma derrière les plaques de protection balistiques permet de limiter le risque de séquelles mais ne l’élimine pas. Il est également bon de savoir que tous les gilets pare-balle du commerce ne se valent pas car les normes de tolérance aux déformations d’impact diffèrent selon les pays. Par exemple, les gilets pare-balle américains sont conçus pour se déformer jusqu’à environ 5cm à l’impact contre environ 2cm pour ceux distribués en France. Concrètement, cela signifie qu’une balle tirée au niveau de votre torse va occasionner une déformation de votre gilet ou plaque balistique de Xcm vers vos organes internes… et 5cm c’est beaucoup, mieux vaut donc bien se renseigner sur ce qu’on achète !

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Un Marine montre son dos juste après avoir reçu une balle de 7,62 sur la plaque dorsale de son gilet pare-balle de classe IIIA.

06. Fabriquer son gilet pare-balle artisanal

De plus en plus de bloggeurs proposent de fabriquer son gilet pare-balle de façon artisanale. Si cette solution peut être envisagée en dernier recours, elle est très fortement déconseillée car le design proposé par ces bricoleurs n’est pas vérifié ni testé par un organisme compétent (ni par personne généralement) et peut comporter de graves défauts voire être d’une inutilité totale. On ne fabrique pas soi-même sa protection pare-balle pour les mêmes raisons qu’on ne fabrique pas soi-même ses préservatifs avec de la cellophane : c’est inadapté, inconfortable et inefficace.

Pour obtenir une protection frontale et dorsale intéressante contre les balles et les shrapnels, il faut compter une dizaine de kilos d’acier ce qui entrave totalement la liberté de mouvement et ralentit dangereusement le porteur. De plus, les plaques d’acier ont tendance à dévier les ogives plutôt qu’à les stopper, une balle se heurtant à votre gilet pare-balle artisanal peut donc potentiellement changer de trajectoire et vous remonter dans le menton pour aller se ficher dans votre crâne. Si le but est de rester statique et de faire la tortue l’idée est valable, mais dès lors qu’il s’agit de se déplacer mieux vaut oublier cette solution.

En clair, c’est une très mauvaise idée de se fabriquer son gilet pare-balle maison. Au-delà de la considération du temps perdu à fabriquer une protection balistique inefficace, un gilet certifié niveau IIIA ne coûte que quelques centaines d’euros… Il est plus sage d’en faire l’investissement que de prendre le risque de supporter 10kg de matériel qui opposera la même résistance aux balles qu’une planche de polystyrène et/ou qui vous épuisera en quelques minutes.